L'Hoisz A.
De la Toison d’or à l’Ordre de Léopold II
Article number 10124527
PREFACE On ne pourrait trop le répéter, les Belges ne savent pas combien est beau et grand leur passé. Peu de pays ont des titres de gloire comparables aux nôtres et, contrairement à ce que croient beaucoup de gens mal éclairés, qui pensent que la Belgique ne commence qu’en 1830, toutes nos institutions ont leurs racines dans nos traditions nationales. C’est que, exception faite pour la période de vingt ans s’étendant de 1794 à 1814 et correspondant à la domination française, nous avons toujours été un peuple autonome et libre. Chaque fois qu’un souverain, comme Philippe II, comme Joseph II ou Guillaume Ier a voulu faire prévaloir une politique contraire à l’esprit de nos institutions séculaires, il a provoqué des révolutions dont le résultat fut toujours de faire refleurir nos anciennes libertés ou de donner à celles-ci la forme de complète indépendance qu’elles ont reçue après 1830. On peut affirmer que, depuis le règne glorieux de Philippe le Bon, ce « grand duc d’Occident », à qui Juste Lipse décerna le surnom bien mérité de Conditor Belgii (fondateur de la Belgique), nos provinces ont formé une entité distincte, tant au point de vue du droit public interne que du droit international. Cette situation n’avait fait que se consolider pendant tout l’ancien régime au point que non seulement de grandes puissances, mais même des princes secondaires, comme l’Electeur Palatin et l’Electeur de Cologne, se faisaient représenter par un ministre à Bruxelles, alors qu’ils avaient déjà un ambassadeur à Vienne, et qu’un Etat pouvait être en guerre avec l’Empereur et en paix avec les Pays-Bas, dits autrichiens, comme on le vit en 1739, lors de la guerre de succession de Pologne, et de 1756 à 1763, lors de la guerre de Sept ans. Même les institutions comme nos ordres nationaux créés après 1830 ne sont pas le produit d’une génération spontanée. Comme le montre bien le livre de M. L’Hoist, une véritable filiation peut historiquement s’établir entre la Toison d’Or, l’ordre de chevalerie le plus ancien des ordres belges et de l’ordre de Léopold II, le plus récent des nôtres. L’étude de ce lien historique permet à l’auteur d’évoquer cinq siècles de cette histoire, que Michelet déclarait la plus belle qu’il y ait au monde, et de nous la montrer sous son aspect le plus glorieux: celui de l’honneur et de la bravoure. Car, sous l’ancien régime déjà, contrairement à ce qui se passait dans d’autres pays, le favoritisme ne jouait guère dans l’octroi des récompenses honorifiques aux Belges, comme le montrent les précautions prises pour l’Ordre de Marie-Thérèse. Nos ordres actuels ont conservé ce caractère de haute honorabilité; ce n’est pas chez nous que l’on pourrait trouver des scandales semblables à celui qui jadis obligea un président de république à démissionner. Même, comme le prouve, chiffres à l’appui, M. L’Hoist, proportionnellement à notre population, nos ordres nationaux comptent, tant dans le pays qu’à l’étranger, un nombre de titulaires beaucoup plus restreint que celui d’ordres hautement estimés appartenant à de plus grands pays. Il est ainsi démontré, et c’est là encore un des mérites du livre de M. L’Hoist, que les titulaires de nos ordres nationaux peuvent être légitimement fiers de les porter. Cette fierté, qu’il ne faut pas confondre avec la vanité de ceux qui ne voient dans l’obtention d’une décoration qu’une vaine satisfaction d’amour-propre, est en tous points légitime lorsque l’on considère la valeur de ces ordres et la façon dont ils sont octroyés. Le travail de M. L’Hoist a enfin le mérite de répondre à une nécessité historiographique. Il n’existait pas encore un travail d’ensemble sur l’histoire des ordres, décorations et distinctions honorifiques conférés en Belgique. M. L’Hoist a su combiner cette lacune en combinant son esprit patriotique avec les exigences de l’érudition et de la critique. Il convient de l’en féliciter et nous souhaitons à son libre tout le succès qu’il mérite auprès de tous ceux qui aiment à trouver dans les leçons du passé des raisons de confiance dans le présent et d’espoir dans l’avenir. Vicomte Charles TERLINDEN Professeur à l’Université de Louvain, Membre de la Commission royale d’Histoire.
Condition
Used - Good
Language
French
Article type
Book - Paperback
Year
1939
Publisher
Brussel
pp. 124 / boekband los, illustrated
