André George (preface) Jeanne Mortier Marie-Louise Auboux
Pierre Teilhard de Chardin. Images et paroles
Numéro d'article 10126065
Avec les oeuvres et les lettres de Pierre Teilhard de Chardin et les documents rassemblés aux archives de la fondation. Aucune préface ne pouvait mieux faire saisir le sens de ce recueil que le texte écrit par André George pour le dixième anniversaire de la mort de Pierre Teilhard de Chardin. Car ces images d'une vie disparue et ces paroles d'un homme tout animé par la passion de la recherche, en montrant la continuité de l'existence, de l'œuvre et de la pensée de Pierre Teilhard de Chardin, éclairent en même temps l'« aventure spirituelle » qui fut la sienne propre et lui permit de comprendre celle de l'humanité. Il y a dix ans, Pierre Teilhard de Chardin se trouvait en exil à New York où, le 10 avril, une ultime crise cardiaque le terrassait. Jésuite, il était demeuré dans la Compagnie sans défaillir, observant jusqu'au terme et dans l'éloignement la consigne de silence qui le frappait, puisqu'il avait l'interdiction de publier. Ce qu'il endura, on peut le savoir de lui-même car il avait confié à son carnet intime, l'été précédent, ce mot de Bernanos: « Toutes les aventures spirituelles sont un calvaire. » Il n'a rien ajouté à la citation, mais on devine l'aveu qu'elle trahit. Or comparons cette date funèbre du 10 avril 1955 à notre moment présent. C'était le jour de Pâques et ce fut bien la résurrection. Au contraire de ce qui arrive si souvent, la vraie naissance de l'œuvre coïncide avec la mort de son auteur. Surgissant de la demi-clandestinité des pages dactylographiées à quelques dizaines d'exemplaires, tout allait éclater au grand jour de la publication et de l'universelle diffusion. En dix années, nulle pensée ne s'est répandue davantage et n'aura marqué si fort notre temps. Mais que faut-il entendre lorsqu'on parle de cette œuvre? Il y a d'abord les travaux scientifiques, ce qui fonda la renommée du géologue et du paléontologiste, le conduisant à l'Académie des sciences en 1950. Au-delà des découvertes de détail touchant les vertébrés, on lui doit une méthode originale, une manière neuve d'étudier l'apparition de l'homme et sa vraie place dans la nature — le « phénomène humain » — et, tout récemment, notre plus grand paléontologiste actuel, M. Jean Piveteau, dressait ce bilan positif dans un précieux petit livre sur Teilhard savant. Il y a, d'autre part, tout l'ensemble posthume, les livres du penseur, et le grand public qui ignore les travaux purement techniques a découvert avec enthousiasme ce prolongement philosophique de l'œuvre, tandis que beaucoup de scientifiques purs sont peu enclins à le suivre et tiennent plutôt cet ensemble comme situé hors la science. En tout cas, pour l'auteur, il n'y avait pas de séparation entre ce qui était démontré scientifiquement et la vision qu'il avait de l'avenir pour l'humanité. Personne ne fut plus un que Teilhard. De même qu'il a mêlé à un point d'indissolubilité jamais atteint vie mystique et recherche de science, de même, cette science, il entendit la faire servir à imaginer le futur. Ce grand éveilleur et rassembleur se nommait lui-même « un pèlerin de l'avenir » et sa tendance profonde était de tout voir en mouvement, de chercher à édifier un homme qui serait — non point surhomme — mais « plus-homme », estimant que l'évolution humaine commence à peine et qu'elle ne saurait être que spirituelle. Ce prêtre était tout en ardeur rayonnante plus qu'en onction. Mais peu de religieux ont secouru autant d'âmes, dans le secret des cœurs. Nul n'a plus aimé la science, nul n'a vécu davantage sa foi. Personne n'a mieux fait confiance à l'homme, au monde, personne ne les a davantage dirigés vers Dieu. La tragédie de ce monde menacé, il la ressentait autant qu'un autre. Mais en tout il restait l'homme de l'en-avant et de l'en-haut. Son fameux optimisme est un pessimisme surmonté. Et quant à cette complaisance au marxisme que certains ont cru soupçonner, le plus sûr est de rappeler la déclaration de M. Senghor, président du Sénégal: « La pensée de Teilhard nous a permis de faire l'économie du marxisme et de dépasser cette étape. » Pierre Teilhard de Chardin n'a pas tout trouvé, il n'a pas tout résolu. Mais peu d'esprits apparaissent à cette altitude dans cette grande époque où beaucoup de choses meurent, où encore plus de choses peut-être naissent, et qui a tant besoin qu'on lui parle d'espérance. — André George.
État
D'occasion - Acceptable
Langue
Néerlandais
Type d'articles
Livre - Couverture rigide
Année
1966
Éditeur
Éditions du Seuil (Paris)
Nombre de pages
221 pages
Illustré
Oui
Jaquette
Pas présent
Roestvlekjes.
